La glace de mer hivernale de l'Arctique pourrait disparaître bien plus vite que ne le prédisent les modèles
Une nouvelle étude utilisant des biomarqueurs chimiques prélevés dans des sédiments arctiques vieux de 6 000 ans montre que les modèles climatiques actuels ont surestimé l'étendue de la glace de mer hivernale lors d'une période chaude passée, ce qui suggère que la future perte de glace hivernale en Arctique pourrait dépasser d'environ un million de kilomètres carrés les projections antérieures.
Une nouvelle étude publiée dans Nature Geoscience s'est appuyée sur des données d'une période chaude survenue il y a environ 6 000 ans pour tester — et juger insuffisants — 27 modèles climatiques. Les chercheurs ont extrait des biomarqueurs chimiques produits par des algues et conservés dans des carottes de sédiments de l'océan Arctique déposées durant l'Holocène moyen, une époque où de lents changements de l'orbite terrestre ont modifié la répartition de la lumière solaire et réduit la couverture de glace de mer en Arctique. Ces relevés de biomarqueurs ont permis à l'équipe de reconstituer les conditions réelles de la glace de mer hivernale de cette époque. En comparant ces reconstitutions à ce que les 27 modèles avaient simulé pour la même période, les chercheurs ont constaté que les modèles surestimaient systématiquement la quantité de glace hivernale présente. L'implication est importante : si les modèles sont trop optimistes sur les conditions passées, leurs projections pour l'avenir pourraient l'être aussi. En utilisant ces reconstitutions du passé pour ajuster le poids relatif de chaque modèle, les chercheurs ont calculé que la glace de mer hivernale de l'Arctique pourrait reculer d'environ 621 000 miles carrés — soit environ un million de kilomètres carrés — de plus que ce qui était prévu jusqu'ici. Si le recul estival de la glace de mer arctique a longtemps été le signe le plus visible du changement climatique, la glace hivernale compte elle aussi : elle régule la quantité de chaleur qui s'échappe de l'océan vers l'atmosphère, avec des effets qui dépassent largement la région polaire. Le coauteur Marco Aquino-López, chercheur au Centro de Investigación en Matemáticas, au Mexique, a déclaré dans un communiqué de l'université de Cambridge : « En nous appuyant sur des données du passé, nous pouvons désormais produire des cartes plus fiables des endroits où la glace de mer hivernale de l'Arctique est susceptible de disparaître. »



